Agenda

Présentation

Depuis quelques décennies, l’interculturel est devenu, en Europe en général et en Suisse en particulier, un enjeu majeur. En ce XXIe siècle naissant, la diversité culturelle s’affirme pour ces sociétés comme une marque de modernité, voire de post-modernité. Elle n’en est pas moins un défi à relever. Car, de plus en plus d’individus d’origines culturelles différentes se côtoient, se rencontrent et échangent.

Toutefois, si personne n’ignore cette diversité et les différences qui s’en dégagent, celles-ci ne suscitent pas toujours la volonté de vivre ensemble dans le respect et la tolérance mutuels. Elles donnent parfois lieu à des confrontations quotidiennes, à des conflits, à des peurs, à des exclusions. Car les différences sont surtout perçues à travers un prisme déformant. Les représentations de l’Afrique et des Africains en particulier figurent parmi les plus déformées et les plus stigmatisées.

Comment alors faire évoluer le regard porté sur cette altérité et négocier un meilleur passage de la pluriculturalité à l’interculturalité ? Sans prétendre apporter des solutions miracles aux problèmes que pose la rencontre avec les cultures migrantes et leurs identités en mutation, plusieurs initiatives institutionnelles ou associatives ont tenté de fournir des clés pour aborder l’interculturel de manière à la fois rigoureuse, pertinente et dynamique. Ces initiatives ont permis, notamment aux professionnels en contact avec les migrants, d’acquérir des outils pour mieux appréhender la différence et y faire face plus efficacement. Regards Africains figure parmi les organisations qui ont impulsé et dynamisé l’interculturalité en Suisse.

Créée en 1982 à Genève, l’Association culturelle Regards Africains est vite devenue un pionnier et un acteur majeur sur la scène interculturelle suisse. Son concept initial de soirées culturelles festives, mélangeant les genres et les cultures a été adopté partout. Concepteur du Festival Black Movie de Genève, l’association a également animé des émissions radio de 1984 à 2003. En 2005, elle a jeté les bases d’un centre de documentation centré sur la Mémoire Noire. Regards Africains s’est surtout fait connaître pour sa revue internationale du même nom. Créée en 1986 et expérience la plus durable d’un média africain en Suisse, sa qualité et ses analyses pointues en ont vite fait une revue de référence appréciée aux quatre coins du monde. Dès 1993, son Agenda Culturel a diffusé dans toute la Suisse des informations culturelles et locales centrées sur l’Afrique.

Par ses multiples activités et sa présence permanente au sein du tissu communautaire africain, Regards  Africains a vu son rôle dépasser la simple promotion de la culture africaine. De culturel ce rôle est devenu également social au fil des ans. Longtemps seule adresse africaine de référence dans une Suisse où n’existe aucun lieu associatif africain, l’Association s’est vue reconnaître un rôle informel d’utilité publique aussi bien par des Africains que par des medias, des enseignants, des institutions socio-médicales et plusieurs personnes en quête d’informations ou d’expertise africaines.

Désireuse de redéployer certaines de ses activités autant que l’expérience acquise au fil des années, l’Association a voulu les doter d’un cadre neuf, mieux structuré, plus élargi, plus mobilisateur. Avec, notamment, son secteur Formations développé en Suisse et au-delà des frontières depuis 15 ans, Regards Africains a jugé utile de confier plusieurs pans de ses activités à une nouvelle structure : l’Université Populaire Africaine en Suisse (UPAF).

Première du genre en Suisse et en Europe, cette nouvelle structure à visées sociale et éducative aura spécialement pour ambition de s’affirmer comme un établissement d’utilité publique, tourné à la fois vers les communautés africaines, la société d’accueil autant que vers d’autres communautés présentes dans la Cité.

L’UPAF sera surtout appelée à apporter la meilleure réponse possible aux besoins concrets et cruciaux qui se posent, aujourd’hui, face aux enjeux de l’interculturel à Genève, en Suisse, en Europe.

Ces besoins spécifiques sont les suivants :

l  Besoin d’un lieu de visibilité et de valorisation des compétences africaines

La focalisation dans tous les pays européens et en Suisse en particulier sur les problèmes que posent des demandeurs d’asile africains fait passer au second plan les problèmes auxquels sont confrontées d’autres catégories de migrants africains : étudiants, élites intellectuelles, artistiques, économiques, etc. Ces compétences et cette expertise, parmi les plus touchées par le chômage, sont à disposition. Elles peuvent assurer des interventions et des accompagnements efficaces, pour une meilleure compréhension mutuelle. Un tel apport intellectuel africain, par sa qualité et sa visibilité, pourrait contribuer à améliorer quelque peu l’image des Africains d’Europe.

L’UPAF ambitionne, par la création notamment d’une banque de données ad hoc, de rechercher, rassembler, organiser, valoriser et promouvoir ces compétences mal ou sous-utilisées. Dans le cadre particulier d’actions cherchant à promouvoir le transfert de compétences africaines vers l’Afrique, une telle structure pourrait jouer un rôle d’impulsion de synergies en faveur du développement du continent.

 

l  Besoin d’un espace de transmission de savoirs entre générations et entre genres

L’environnement des enfants d’origine africaine vivant en Suisse présente souvent des différences parfois antinomiques avec l'environnement d’origine de leurs parents africains. Les sociétés occidentales se caractérisent, par exemple, par la prééminence des choix individualistes et des rapports égalitaires tenant peu compte de la pyramide des âges. Dans les sociétés africaines, le groupe prime sur l’individu, l’aîné est respecté, il est un modèle, la responsabilité est encouragée, les cloisons entre générations ou entre genres n’empêchent pas des courants d’échanges …

Pris dans le moule scolaire et social européen, et face à des parents eux-mêmes déboussolés par les défis de l’exil, ces enfants sont à la recherche de repères et d’empowerment. Hommes et femmes n’ont plus à leur portée, comme dans leurs sociétés d’origine, ces médiateurs prompts à dévier les conflits d’une issue désastreuse. En même temps, leur vieillissement est un phénomène nouveau, engendrant des problèmes spécifiques. Des réponses ciblées s’avèrent nécessaires.

L’UPAF oeuvrera à doter enfants et jeunes de solides repères identitaires africains et à les mettre au contact des anciens dont le rôle au sein de leurs communautés se trouvera valorisé. Des ateliers permettront de faciliter la communication entre générations et entre genres et d’optimiser la médiation sociale et les capacités d’intervention dans les communautés africaines.

 

l  Besoin d’un lieu dynamique de co-intégration entre Africains et Suisses

En 2007, plus de 51 900 Africains (Maghreb et Sub-Sahara) résidaient en Suisse (Office fédéral de la Statique). Quant aux personnes d’ascendance africaine Noire, le Carrefour de lutte et de réflexion contre le racisme anti-Noir le CRAN, les estime à environ 60 000. Population étrangère la moins nombreuse (3,2% contre 4,1 pour les Turcs ou 4,6 pour les Français) mais la plus diversifiée, les Africains et personnes d’origine africaine sont naturellement portés vers des dynamiques de co-intégration à la fois internes (entre eux) et externes (avec les Suisses).

Toutefois, leur inclusion au sein des sociétés d’accueil n’est pas sans problèmes : exclusion, intolérance, discrimination et racisme les frappent, bien qu’ils fassent souvent preuve de signes forts d’inclusion (langues européennes parlées ou absence de résistance pour leur apprentissage, présence de beaucoup de christianisés, forte aliénation culturelle envers l’Occident, etc.).

L'UPAF a l'ambition de mettre tout en œuvre pour favoriser l’intégration active des Africains sur les plans social, économique, politique et culturel, tout en oeuvrant à leur dépersonnalisation structurelle, notamment à l’endroit des jeunes. Elle ouvrira également le monde africain à la compréhension et à l’enrichissement des Suisses, par des formations, conférences et autres rencontres interculturelles.

 

l  Besoin d’un lieu carrefour de diversité culturelle

Les sociétés européennes en général et suisses en particulier portent comme une marque de leur modernité la diversité culturelle de leurs populations. Dans les villes en particulier, Européens, Asiatiques, Sud-Américains, Arabes, etc. se côtoient. Ce riche brassage de populations pose souvent des problèmes de convivialité, de dialogue interculturel, d’espace et de canaux de communication.

L’UPAF  ambitionne de s’affirmer comme un lieu carrefour de diversité culturelle, ouvert à toute personne sans aucune exclusive et animant rencontres et échanges féconds autour d’un centre d’intérêt commun : l’Afrique dans toute sa diversité, sa complexité et son ouverture au monde.